Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 02:06

Il était jadis un ciel peuplé de divinités menaçantes ; – du moins l'homme y croyait. La science, la raison, ont successivement tué chacune de ces chimères qui faisaient de l'ombre sur nos pensées. Nous savons qu'il n'y a rien là-haut, au-dessus de nos têtes, rien, pas même de l'air respirable. Nous pouvons vieillir en toute sécurité.

 

Pour concevoir le remords, il faudrait donc que je fusse devenu fou, véritablement.

 

Et je ne suis pas fou !

 

Je vous prends tous à témoin que je ne suis pas fou !

Par La voyante - Publié dans : Fantomes
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 02:05

Non, non, non ! Cela n'est pas ! Si quelque tourment moral doit m'être infligé, il ne doit pas excéder, en bonne justice, ce que j'aurais souffert d'un emprisonnement de trois mois.

 

Je repousse le remords comme une iniquité. Je proteste. Je ne veux pas des apparitions sanglantes, des doigts glacés qui se posent, invisibles, sur le front des damnés et y laissent le stigmate de pourpre d'une brûlure ineffaçable.

 

Allons donc !

 

Cauchemars que tout cela !

 

Autrefois, je ne dis pas ; des choses comme celles-là étaient possibles. Oreste fuyait sous la persécution des Érynnies, courait comme un aliéné en jetant à la nature entière les cris furieux de son épouvante. Mais c'était à une époque où l'homme, incapable encore de raison, avait besoin de contempler des images pour comprendre, de donner une forme, une couleur visible aux réalités invisibles. Ignorant, poétique, il vivait en pleine mythologie ; il lui fallait des statues, des incarnations. Alors il était impossible de se soustraire aux influences extérieures ; elles entraient dans l'esprit par les yeux.

 

Aujourd'hui nous avons jeté bas les vieilles idoles. Dans le désert morose où nous marchons, nous pouvons fouler aux pieds la poussière marmoréenne des dieux tombés. Les symboles dont l'aspect troublait si pernicieusement les cervelles humaines se sont écroulés un à un dans le passé. Plus de statues. Les grands fleuves où pendant des siècles avait tremblé leur reflet sont taris, comme épuisés par le temps, et roulent tristement leurs eaux mortes sur leurs torrents desséchés. Bientôt toute trace de l'ancien monde aura définitivement disparu ; nous serons guéris des allégories et nous ne risquerons plus de gémir sous des tourments inconnus.

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 02:04

Tous les médecins vous diront cela.

 

Reste le fait d'adultère.

 

Oh ! pour celui-là, je ne le nie pas ?

 

Mais quel est le châtiment de l'adultère !

 

Trois mois de prison, ni plus ni moins. J'ai mérité trois mois de prison.

 

Et j'irais me forger des chimères, me créer des épouvantes, harceler ma pensée, frissonner, trembler, suer la peur – pour cent malheureuses journées d'emprisonnement !

 

Comment ! je me jetterais à corps perdu dans de folles divagations, je m'obstinerais à regarder constamment, même les yeux fermés, une lamentable figure, ce Félicien funambulesque que je sortirais de sa tombe à force de volonté et de souvenir. J'aurais d'atroces insomnies, des hallucinations de ronde macabre, des visions de cimetière ! Je sentirais dans les ténèbres mes cheveux se dresser sur mon crâne, ma chevelure devenir vivante, sensible ; j'entendrais des sanglots s'élever de l'enfer pour se ruer à mes oreilles, pareils aux hurlements d'une chienne devant un charnier !

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 02:03

Félicien souffrait d'une prédisposition à l'apoplexie. Il avait le cou court, la face souvent empourprée ; l'habitude de rester assis pendant plusieurs heures par jour devant sa table de travail l'avait rendu épais et sanguin. Il devait finir comme il a fini. Un peu plus tôt, un peu plus tard, on n'échappe pas aux fatalités de son tempérament. Je puis donc parler librement de cette mort, car elle ne pèse pas sur ma conscience. Nul ne parviendrait à prouver, même après avoir lu cette loyale confession, que la terrible scène du soir ait été pour quelque chose dans cette fin tragique. Si, par une témérité du parquet, j'avais à répondre devant la justice du décès de Félicien, il n'y aurait qu'une voix parmi les jurés et les membres de la cour pour me renvoyer indemne de toute accusation. Il n'y a eu ni empoisonnement, ni meurtre, ni violences, mais seulement un phénomène bien connu des médecins. Au moment où il a succombé, Félicien se trouvait seul dans son cabinet de travail, après une journée assez agitée. Il ne faut pas oublier qu'il venait d'être nommé grand-officier de la Légion d'honneur, qu'il avait bien dîné, bu peut-être un peu plus qu'à l'ordinaire ; ajoutez qu'en sortant de son appartement il s'était promené dans les rues par une soirée assez froide. Il n'en faut pas davantage pour amener une révolution dans l'organisme, alors surtout que la digestion n'est pas achevée.

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 02:01

Ceci posé, j'avoue – je ne l'ai jamais nié d'ailleurs – avoir violé la loi en commettant le délit d'adultère – ce n'est qu'un délit – de complicité avec Henriette.

 

Nul ne le sait, mais ma conscience me le reproche, et j'écoute attentivement cette voix intérieure.

 

Je suis coupable et je sais dans quelle mesure. Je me juge sévèrement. Pourquoi ? Parce qu'il le faut, parce que je suis homme.

 

Examinons.

 

J'ai transgressé la loi en commettant un adultère – évidemment. Je dois me le reprocher, mais je ne peux véritablement me reprocher que cela. Les circonstances accessoires restent accessoires, le fait seul vaut d'être examiné.

 

Félicien est mort ; c'est un malheur ! Mais rien ne montre un lien entre cette mort et ma faute. Un médecin a été mandé qui a expliqué la mort par une attaque d'apoplexie foudroyante. Voilà la vérité, la seule vérité.

 

Il ne manquent pas de gens capables d'en imaginer une autre, de rechercher par exemple si une brutale surprise, un chagrin trop violent pour les forces humaines n'aurait pas amené chez Félicien une congestion mortelle. Cherchons, comparons, rendons-nous compte, à la fin ! Il ne se passe pas de jour qu'un mari ne surprenne sa femme en flagrant délit d'adultère – je parle seulement de ceux qui n'ont pas honte de faire constater la chose par un commissaire de police. Combien parmi ces maris éprouvés sont morts au spectacle de leur infortune ? Aucun. On n'en cite pas un seul. Mais ceux-là, m'objectera-t-on, avaient pu se préparer à l'irritante apparition ; ils avaient soupçonné, épié, découvert. Soit, prenons les autres. Prenons le mari classique, celui qui a manqué le train du soir ou qui revient de voyage sans avoir prévenu. Meurt-il ? Non. Jamais. S'il a une arme, il tue ; s'il n'en a pas, il crie. Mais on n'en a pas encore rencontré un seul qui soit tombé foudroyé.

 

Par La voyante - Publié dans : Fantomes
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